Le TGV à DOUAI ?

Les annonces de la SNCF concernant la desserte TGV de DOUAI et VALENCIENNES semblent motivées par des questions économiques et techniques. On ne peut, sans aller au fond du dossier, reprocher d’emblée à une entreprise très prochainement confrontée à libéralisation du réseau ferré européen, de revoir son organisation, d’affiner ses coûts et sa rentabilité, de peaufiner son plan de développement dans un cadre concurrentiel nouveau.

Les dessertes TGV au Nord de Paris ont été créées dans les années 1990, c’était il y a presque 30 ans. Elles se sont européanisées lors de l’ouverture du tunnel sous la Manche et sur les lignes vers l’Europe du Nord. Cela a entrainé un grand bouleversement… Fini le CORAIL, fini le TEE 1ère classe, finis les abonnements mensuels à tarif acceptable…

La SNCF voulait des clients qui payaient le prix et non des abonnés qui remplissaient les wagons à bon compte. Elle ne souhaitait pas l’exode des parisiens vers des contrées à l’immobilier attractif que ce transport rapide aurait ramenés au bureau dans le temps moyen du transport de banlieue. Rappelons aussi à l’époque, face à l’explosion du tarif des abonnés, la création d’une association de défense réduite à imaginer déjà les BUS MACRON, entre LILLE et ROISSY (Autoroute/RER), pour rejoindre chaque jour la capitale à meilleur coût.

Les interventions d’élus ont ensuite permis la sortie de la voie à grande vitesse à ARRAS pour amener le TGV à DOUAI, VALENCIENNES, CAMBRAI, LENS, BÉTHUNE, DUNKERQUE et la création d’une gare dite des « betteraves », pour relier AMIENS au TGV. Ainsi les lignes dites à « grande vitesse », sont devenues partiellement à « moyenne vitesse », la ligne entre ARRAS et VALENCIENNES pâtissant en sus de l’obligation d’inversion du sens qui crée une perte de temps. La liaison ARRAS/DOUAI/CAMBRAI avait emporté l’électrification de la voix unique, avant son abandon, pour cause de manque de voyageurs et d’un temps de roulage plus long que celui de CAMBRAI vers la gare de l’Est à PARIS.

Aujourd’hui force est de constater que la liaison à grande vitesse n’existe que pour PARIS/LILLE, avec un temps de desserte entre 1 h 00 et 1 h 08. Pour DOUAI/PARIS, de rares TGV sont à 1 h 13, mais plutôt 1 h 41 et même 2 h 36, ce qui n’est pas mieux que le TEE ou encore le CORAIL de 1990 !

Mais la question de fond reste sans doute l’engorgement de la gare PARIS/NORD, que l’on ne peut passer sous silence… C’est tout le réseau ferré NORD/EUROPE qui y aboutit (dont les liaisons Transmanche/EUROSTAR et THALIS), auquel s’ajoutent les lignes nationales, celles du réseau RER et de la grande banlieue…

Ainsi, au-delà de la question de la rentabilité, l’engorgement mesuré aujourd’hui crée la pénurie de « sillons », ces fameuses lignes nécessaires. A défaut d’avoir créé une vraie gare du NORD pour la grande vitesse, la politique qui se prépare semble bien être le rabattement des lignes dites secondaires sur la ligne TGV PARIS/LILLE. Tant pis si l’aménagement du territoire en pâtit, la SNCF joue sa compétitivité face aux autres réseaux européens et la concentration lui est favorable sur le plan de la rentabilité !

Que faire localement ? Face à ces questions qui méritent d’être approfondies, quels sont nos arguments, qu’avons-nous à objecter pour maintenir des dessertes de nature à préserver l’image d’attractivité du Douaisis ? Soyons clairs, si la menace recule légèrement après la levée de boucliers médiatiques locale, dans un contexte national tendu et avant des échéances électorales compliquées, la menace n’est pas éteinte pour autant…

Douai fut une ville d’administration (Mines, Justice, Impôts, Sécurité sociale, URSSAF, Banque de France, CCI), une ville militaire aussi… Qu’en reste-il ? Il serait bon aujourd’hui de démontrer une réelle attractivité, un développement économique qui crée des besoins de liaisons, y compris dans les domaines culturels et touristiques. Cela plaiderait réellement pour le maintien à minima de ces dessertes partiellement rapides… Les élus béthunois ont accepté une adaptation en négociant les horaires, à DOUAI où l’on juge les rencontres « encourageantes, même si l’on n’est pas allé au bout », souhaitons qu’un bon accord préserve l’essentiel.

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